In 2012, after learning that every six hours a woman in South Africa is killed by a current or former intimate partner, artist Gabrielle Goliath created Roulette, a simple participatory installation that takes the form of a dare. A pair of headphones dangle in front of the participant, and one is invited to put them on, despite the welcome mat beneath them that reads, “DISCLAIMER: LISTENING IN MAY RESULT IN SEVERE RINGING OF THE EARS OR EVEN PERMANENT AURAL DAMAGE.” Every six hours the otherwise static silence of the headphones is pierced with the sharp sound of a point blank recording of gunshot: POP. The gesture brings to life the violent reality women face in their daily lives in South Africa.
“Roulette very much takes its form from a statistic that was accurate at the time of the making of the work,” explains Goliath. “Statistics themselves are contentious and debatable. But it works, currently, with the statistic of femicide and that is a woman is shot and murdered every six hours in South Africa. The source that I cited at that time said that South Africa had the highest rate of femicide in the world.”
Goliath, who uses her art to bring visibility to South Africa’s rape culture and violence against women, asks herself a question: “How is one able to reclaim a measure of agency for these women that have died?” That sentiment carries through Goliath’s Faces of People who may or may not be Victims or Perpetrators of Domestic Violence, a 2014 series of 12 large-scale portraits of “everyday South Africans” who are victims and perpetrators of domestic violence. She sees Roulette and Faces as “commemorative gestures that seek to remember and honor.” Both are currently on view in “In Context: Where We Are,” a group show of African artists working with notions of home at Goodman Gallery in Cape Town, South Africa.
Recently, before the artist took the stage at the “Black Portraiture[s] III: Reinventions: Strains of Histories and Culture” conference at Turbine Hall in downtown Johannesburg—to present her new performance-based work titled Elegy—we spoke with her about her work and the art of remembrance.
ANTWAUN SARGENT: What about that statistic encouraged you to turn it into a dare?
GABRIELLE GOLIATH: When we encounter these devastating forms of violence out there, we often get them in the form of staggering statistics. But statistics are baseless and anonymous things;
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En 2012, après avoir appris qu'en Afrique du Sud, une femme est tuée toutes les six heures par son conjoint ou ex-conjoint, l'artiste Gabrielle Goliath a créé Roulette, une installation participative simple qui prend la forme d'un défi. Un casque audio est suspendu devant le participant, qui est invité à le mettre, malgré l'avertissement inscrit en dessous : « AVERTISSEMENT : L'ÉCOUTE DE CE CONTENU PEUT ENTRAÎNER DE GRAVES ABONDANCES, VOIRE DES LÉSIONS AUDITIVES PERMANENTES.» Toutes les six heures, le silence habituellement statique du casque est rompu par le son sec d'un enregistrement de coup de feu tiré à bout portant : POP. Ce geste donne vie à la violente réalité à laquelle les femmes sont confrontées au quotidien en Afrique du Sud.
« Roulette s'inspire directement d'une statistique qui était exacte au moment de la création de l'œuvre », explique Goliath. Les statistiques sont par nature sujettes à controverse et à débat. Mais elles fonctionnent actuellement avec le chiffre du féminicide : une femme est abattue toutes les six heures en Afrique du Sud. La source que j'avais citée à l'époque indiquait que l'Afrique du Sud affichait le taux de féminicide le plus élevé au monde.
Goliath, qui utilise son art pour mettre en lumière la culture du viol et les violences faites aux femmes en Afrique du Sud, se pose la question suivante : « Comment redonner une part de leur pouvoir d'agir à ces femmes décédées ? » Ce sentiment transparaît dans sa série de 2014, « Visages de personnes potentiellement victimes ou auteurs de violences conjugales », composée de douze portraits grand format de « Sud-Africains ordinaires » victimes et auteurs de violences conjugales. Elle considère « Roulette » et « Visages » comme des « gestes commémoratifs visant à se souvenir et à honorer ». Ces deux œuvres sont actuellement exposées dans le cadre de « In Context: Where We Are », une exposition collective d'artistes africains explorant la notion de foyer, à la galerie Goodman du Cap, en Afrique du Sud.
Récemment, avant que l'artiste ne monte sur scène à la conférence « Black Portraiture[s] III: Reinventions: Strains of Histories and Culture » au Turbine Hall, en plein cœur de Johannesburg, pour présenter sa nouvelle performance intitulée Elegy, nous l'avons rencontrée pour parler de son travail et de l'art du souvenir.
ANTWAUN SARGENT : Qu'est-ce qui, dans cette statistique, vous a incitée à la transformer en défi ?
GABRIELLE GOLIATH : Face à ces formes de violence dévastatrices, nous sommes souvent confrontés à des statistiques alarmantes. Mais les statistiques sont dénuées de fondement et anonymes ; elles sont abstraites et difficiles d'accès. Et je déteste cette impression que l'on nous dit désensibilisés ; je ne crois pas que ce soit le cas.
Comment rendre cette violence plus concrète ?Comment rendre cette violence plus concrète ?
How can we make this violence more tangible?
Comment rendre une telle violence plus compréhensible ?
How can such violence be made more understandable?
Comment favoriser une rencontre empreinte d'empathie ?
SARGENT : De l’art ?
GOLIATH : Je n’ai pas ce genre d’idées grandioses sur le pouvoir de l’art, mais peut-être que, l’espace d’un instant, il peut permettre de ressentir de l’empathie. Je pense donc qu’en s’appuyant sur cette idée de roulette et en défiant quelqu’un, on tente de réduire à néant la distance entre le grand public et la soi-disant victime, la personne soumise à une violence aussi terrible.
SARGENT : De quelle manière Roulette y parvient-elle pour vous ?
GOLIATH : Eh bien, Roulette est une œuvre très dépouillée formellement. Elle utilise la même méthode d’accueil que celle qu’on trouve à la porte d’une maison, mais au lieu de lire « BIENVENUE », elle propose un avertissement : en substance, elle indique que si vous mettez les écouteurs et écoutez, cette œuvre pourrait endommager votre audition. Un coup de feu assourdissant retentit toutes les six heures. Et bien sûr, il y a le risque, au moment précis où vous mettez les écouteurs et que le coup de feu retentit.
SARGENT : Le silence, de manière performative, amplifie aussi le poids de la statistique.
GOLIATH : C'est un silence amplifié. Entre les silences, on n'entend qu'un bruit blanc, statique.
SARGENT : Imaginez quelqu'un qui met un casque et n'entend que le silence. J'imagine que son esprit serait assailli par la peur du coup de feu : quand cela arrivera-t-il ? Quel sera le volume sonore ? Quelle sera la douleur ? Cela l'obligerait à comprendre, même de façon infime, la peur de la violence que les femmes doivent porter en elles, chez elles et dans la société sud-africaine.
GOLIATH : La plupart de mes œuvres traitent des violences sexuelles et sexistes. J'aborde des sujets sensibles et traumatisants. Roulette fait partie d'un ensemble plus vaste. Une grande partie de mon travail s'articule autour de ces questions sociales et politiques. Je vais parler d'une œuvre sur laquelle je travaille actuellement, intitulée Élégie ; elle prend littéralement la forme de son titre. C'est un chant funèbre d'une heure, interprété par sept chanteurs d'opéra. Chaque représentation d'Elegy est dédiée à une femme violée et assassinée en Afrique du Sud. Bien que mon travail aborde ces sujets, je cherche toujours à contrer le spectacle de la violence. Je ne cherche jamais à recréer ou à représenter cette violence. Je cherche plutôt à m'affranchir de cette représentation figurative.
SARGENT : Comment la performance vous aide-t-elle à exprimer la différence entre s'affranchir de la représentation figurative de la violence et éviter le spectacle de la violence ?
GOLIATH : Je dirais…
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